« C’est la présence d’un émissaire dans le canal de la Havannah qui a évidemment motivé Goro Nickel, soucieux de suivre une politique de gestion environnementale qui lui assure un crédit international, de poursuivre cette recherche de connaissances courantologiques approfondies », précise, Céline Casalis, docteur en biologie marine et ingénieur environnement à Goro Nickel. Depuis 2000, la société minière a confié une vingtaine d’études physico-chimiques, et donc de courantologie, à divers organismes de recherche que sont la société canadienne Rescan, l’entreprise australienne Gems, le laboratoire des géosciences et physique de la matière condensée (LGPCM), ou encore l’IRD et l’IFREMER, ainsi qu’à des bureaux d’études spécialisés.

Données, modélisation et validation.

          Les études réalisées comportent plusieurs étapes. En premier lieu, de nombreuses et minutieuses missions sur le Lagon Sud se sont succédées dans le but de récolter des données bathymétriques, des relevés des marégraphes et des courantomètres qui mesurent l’intensité et la direction du courant en continu sur toute la colonne d’eau (soit de la surface jusqu’au fond), de suivre les bouées dérivantes Argos, de prendre en compte les indications des stations météorologiques, sans oublier de s’informer sur la densité et la température de l’eau. Cet ensemble de recherches est indispensable pour calibrer et ajuster les modèles à une zone définie. « Il a été mis en place, par exemple, une station météo pour avoir des informations plus approfondies sur la pluviométrie et sur les vents et leur direction afin de connaître leur influence sur les courants. Des relevés bathymétriques plus précis ont été effectués sur les fonds, et notamment au niveau du tracé de la pose du tuyau qui se situe dans une zone de forte énergie hydraulique. Rappelons que le courant en profondeur, en dessous de 20 mètres, ne dépend plus que des marées… », Poursuit Céline Casalis. Cette base de données engendre, dans une seconde étape, la mise en place et la réalisation d’une modélisation des mouvements des masses d’eau sur ordinateur. Une phase essentielle qui permet de prévoir, éventuellement d’améliorer ou corriger par anticipation, la dispersion des apports terrigènes et anthropiques. Il est ainsi possible de jouer, par exemple, sur les conditions climatiques pour regarder virtuellement leurs effets sur les mouvements des masses d’eau. Une dernière étape est nécessaire pour revenir aux vérifications empiriques dans la mesure où les modèles doivent être en corrélation avec la réalité des données de terrain. Les modèles devant être parfaitement calibrés et ajustés si besoin en fonction de nouveaux paramètres.

Choisir les meilleures options.

          Les conclusions des études courantologiques ont permis de choisir parmi différentes options alternatives : l’emplacement précis de la pose du diffuseur par 35 mètres de fond dans le canal de la Havannah, l’évitement des aiguilles de Prony, le non largage de matériaux terrigènes au large ou dans une zone mal connue, et le design technologique du diffuseur, positionné sur un kilomètre de long, en travers du courant, et dont le rejet est fractionné par deux cents ports ou orifices verticaux espacés de 5 mètres. « Toutes les études physico-chimiques ont montré que les solutions définies étaient les moins impactantes pour l’environnement. Les contre-expertises de l’INERIS et du CNRS sont allées dans le même sens. De plus, la partie du lagon, située dans la ceinture d’influence de Goro Nickel, est la seule zone lagonaire calédonienne, jouxtant une mine qui soit « tampon » d’une zone inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Toutes ces validations nous confortent.

Propos recueillis par Frédérique de Jode de  MINES magazine