La Province Nord et l’IRD ont organisé un séminaire de réflexion stratégique et de prospective sur les recherches en Province Nord, du 19 au 21 juin 2013 à Poindimié. L’occasion de faire un état des lieux des activités de recherche en province Nord et d’identifier les thématiques scientifiques à privilégier afin de contribuer au développpement harmonieux du pays. « Recherche et développement sont deux concepts intimement liés », a déclaré en préambule de son allocution Paul Néaoutyine, président de la province Nord, à la session d’ouverture du séminaire de prospective scientifique. Dans un pays où les enjeux environnementaux, les questions sociétales et les défis économiques sont prégnants, comment ancrer les efforts de recherche dans les politiques publiques locales ? Comment entreprendre des recherches qui répondent au mieux aux besoins et aux attentes des collectivités ? C’est tout l’enjeu de ce séminaire, dont l’objectif, rappelé par Michel Laurent, président de l’IRD, était de maintenir « la boucle vertueuse du dialogue sciences / sociétés ».
Environ 80 personnes ont assisté au séminaire prospectif sur les recherches en province Nord de la Nouvelle-Calédonie. Au cours de ces 100 dernières années, l’effort de recherche en Nouvelle-Calédonie a été renforcé, depuis la création en 1913 du laboratoire de microbiologie de l’Institut Pasteur, puis en 1946 de l’Institut français d’Océanie (devenu Orstom puis IRD), et en 1999 avec la création de l’Institut agronomique calédonien (IAC). Si les thématiques scientifiques ont principalement porté sur l’écosystème minier, de part l’histoire géologique, coloniale et économique de la Nouvelle-Calédonie, la biodiversité exceptionnelle du territoire laisse envisager d’autres ressources naturelles à explorer, telles que les micro-algues et la pisciculture. Pourtant, l’effort de recherche, évalué par le nombre de chercheurs pour 1000 actifs ou en pourcentage du PIB, reste encore faible en Nouvelle-Calédonie, comparé à la France, avec notamment une recherche et développement quasi-inexistante. Pierre Labrosse, chargé de mission recherche et technologie auprès du haut-commissaire, estimait l’effectif à 2,3 chercheurs pour 1000 actifs et à 0,9 % du PIB le montant consacré à la recherche sur le territoire. Concrètement, ces chiffres correspondent à un effectif de 150 chercheurs et à un budget alloué à la recherche à 52,6 millions d’euros, dont 13 % (7 millions d’euros) de fonctionnement. Les principales sources correspondent à l’Etat et aux collectivités locales. Le partenariat privé reste encore marginal comparé à la France et les subventions européennes ne représentent que 2 %. Des opérateurs multiples et diversifiés. Exposés en sessions plénières.
La Nouvelle-Calédonie compte cependant de nombreux instituts de recherche, dont les missions, les statuts et les thématiques sont diversifiés. Au niveau des organismes français, on compte des représentations locales en premier lieu, de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), mais aussi de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer), du Bureau de recherche géologique minière (BRGM), de l’institut Pasteur, ainsi que deux partenaires scientifiques présents bien que sans infrastructures locales, comme le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et le Centre international de recherche et de coopération agricole (CIRAD). Au niveau de l’offre locale, les activités de recherche sont conduites par l’Institut agronomique calédonien (IAC), l’Université de la Nouvelle-Calédonie. En marge de ces opérateurs, il faut également citer le Centre hospitalier et la direction des industries et des mines (DIMENC) du Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, qui encadrent des travaux de recherche.
Pauses studieuses, séminaire en Province Nord 2013.
Alors qu’en France se profile une réforme de l’enseignement supérieur et de la recherche, le paysage calédonien de la recherche scientifique est également en mutation, avec une volonté de mutualiser les moyens autour d’une stratégie commune de recherche, matérialisée par le projet d’une fondation de coopération scientifique PRESICA. La création du Centre national recherche et technologie (CNRT, créé en 2007) a certes amélioré les relations institutionnelles entre secteurs privé et public dans le domaine de la mine et de son environnement. De nouveaux outils structurants ont été créés, comme le Conservatoire des espaces naturels au niveau de la Nouvelle-Calédonie et, à une échelle plus large, des observatoires comme le GOPS (Grand Observatoire de l’environnement et de la biodiversité pour le Pacifique sud) et l’observatoire des mangroves. D’autres sont en cours, comme le projet de muséum d’histoire naturelle calédonien soutenu par la province Nord et l’IRD. Exposés, questions, débats : environ 80 personnes ont participé au séminaire à Poindimié, véritable plateforme d’échanges entre le monde de la gouvernance et celui de la science. Ce séminaire de réflexion ainsi que le livre blanc de propositions qui en découle constitueront également une contribution significative au volet « recherche » du schéma d’aménagement et de développement Nouvelle-Calédonie 2025 conduite par le Gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.